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vendredi 13 mai 2011

Richard Narcisse, le photographe au sixième sens

Les recoins d’Haïti rayonnent dans l'objectif de sa camera. Les traits des visages reluisent sur sa lentille. Humble, Richard Narcisse est un  paysagiste et portraitiste particulier.... il est mal voyant.

Ce magicien de la lumière ne parvient pas à percevoir l'expression d'une personne à plus de deux mètres. Ses yeux sont malades. Pourtant ses images rivalisent avec celles des meilleurs dans le métier. "Il est un excellent photographe" explique Lesly  Alphonse, son pair et ami d'enfance. « Il a un bon coup d’œil », rajoute celui qui l’appelait  " Lunettes" pour le taquiner quand ils étaient gamins. Réagissant sur son problème de vision, Lesly tranche poétiquement : "pour être un bon  photographe, il ne suffit pas d'avoir de bons yeux. C'est avant tout sentir ce qu'on voit et voir ce qu'on sent".

"Je n'ai jamais considéré mon problème de vision comme un handicap"

Pas facile de comprendre son astuce, ou ce qu'il s'amuse à appeler son "sixième sens". Ce qu'il développe est un peu mystique. "J’établis une sorte de communion avec mes sujets", explique-t-il en signant des mains essayant de palper l'imaginaire. "Sinon je fais plusieurs prises si  c’est possible " Pour être tout à fait sûr, je fais voir mon travail à quelqu'un qui détient "une meilleure acuité visuelle que moi" poursuit-il.

Sur cette vidéo, Richard Narcisse explique comment se déroule son travail



Richard a du se faire opérer à maintes reprises à l’œil gauche. Atteint d'une cataracte aiguë, il a eu sa première intervention chirurgicale à 13 ans. " Je ne suis pas fini, me suis-je dis". " Je conduis, je travaille, je n'ai jamais considéré mon problème de vision comme un handicap" lance t-il altier, souriant du coin des lèvres.

Si beaucoup de photographes n’ont  pas encore trouvé leur « Photo fétiche », celle pour Richard ressemble à une tombe bleue et une poule couchée dessus. « J’aime les cimetières » a-t-il avoué. Son sujet de prédilection est l’eau. Le photographe au sixième sens  travaille pour l’heure sur la sortie de son livre prévue pour décembre prochain.

Nathalie Yvrance Cardichon
Fritz Gerald Jeannot

lundi 9 mai 2011

Rara, un condensé de culture joyeuse

Ta ka ta m- tam, takata m tam! Haïti, sa culture et sa musique populaire, en balade à travers le pays durant les 40 jours du carême: c'est le Rara, carnaval rural haitien. Plongez dans cette fête qui réunit sensualité, foi, rythme, insouciance
 
Le batteur et ses baguettes nerveuses ouvrent takata  takata l’orgie de sons. Le manman tambour rythme. Les bambous-basses ronflent.  Les cornets en ferblanc coqueriquent. Les tcha tcha tchachent.  Les cymbales chuintent. Les fers carillonnent. Et les voix chantent. Celles des femmes surtout.

Les corps sont pris, la conscience en apnée. Transe. Paillettes. L’arc-en-ciel pâlit en comparaison. Fête. Rara. Toute la saison du carême. Haïti tout entière, Léogâne et l’Artibonite bastions.
Le Colonel, conducteur du groupe, signale au houngan du village le moment de la cérémonie.  Annoncer la sortie aux bons esprits (loas). Solliciter protection contre les esprits malins. Le fouet  clashe le sol poudreux aux quatre points cardinaux. Ronde autour du Vèvè. Barbancourt arrose la terre. Ce rhum glougloutera tour à tour au fond de la gorge des grands initiés. Le cri se substitue au chant, les convulsions à la danse. Et la bande s’ébranle. De l'après-midi jusqu'au lever du jour, les fêtards affluent de tous les sentiers serpentiformes de la colline et d’entre les champs.

Voir la video rara de Leogane :


Les connaisseurs distinguent un par un, chaque do, chaque ré, de ces instruments venus du fin fond de l’Afrique et du legs taïno résiduel. L’ensemble percute et trompette. Une invasion de modernité. Les voix soulent, les voix roquent. Les pieds, instrument aussi, foulent (chayopye).

La trompette remplace donc  la coquille de lambi des esclaves marrons. Marrons du vaudou, marrons du catholicisme. Syncrétisme. Fête païenne,  ripaille de Vendredi Saint. L’orgue de Sainte Rose honore le grégorien. Jésus ressuscité. Tambour des rues, orgue d’église.

Le peuple se résigne, chante, danse, rit... Libations : peine et souffrance entre parenthèses.  Jean Price Mars, ho ! Les échos répandent au loin cette misère joyeuse. Et les corps en sueur ne se fatiguent pas de s’entrelacer. Spirale de chair, ceinture de chair, short cache-sexe, cache-fesse. Cinquante kilomètres  de ventres en ondulation de fréquence. Mon peuple danseCésaire et Roi Christophe! La tragédie, c’est pour les grands.

 Et toutes les femmes sont des Piaf qui piaffent de jouissance, se laissant traîner et entraîner dans la transe collective qu’elles retrouveront l’année prochaine à la mort-victoire de Jésus-Christ.
 Patrice Dumont

dimanche 8 mai 2011

Jeanguy Saintus, le chorégraphe inspiré du vaudou

Le vaudou, à travers son vaste répertoire de chants, de rythmes et de danses, inspirent la plupart des œuvres chorégraphiques de Jeanguy Saintus.

Chorégraphe et fondateur de la compagnie Ayikodans, Jeanguy Saintus, artiste haïtien fort d'une carrière de plus vingt ans, parvient à se créer un style, une écriture, une esthétique chorégraphiques dominées par le vaudou.

Dans ses spectacles, les objets rituels du vaudou servent de décor. Ces objets sont pour la plupart des petites chaises en pagne tressée, de la bassine émaillée de blanc, des tambours portés sur des épaules, des drapeaux et des mouchoirs colorés. Ces derniers rappellent les nations dans le vaudou.

Les danseurs entrent en scène comme des divinités dont ils incarnent les vies. Ils font sentir dans les mouvements de leurs corps les joies et les colères de ces dieux.

Voici une vidéo de la chorégraphie « Trilogie », une oeuvre sur les trois divinités féminines : Erzulie Fréda, Erzulie Je rouj, Erzulie Danthor. Des divinités de la beauté, de l'amour et de la prospérité.


Les mouvements de la transe dominent les créations inspirées de vaudou. En témoignent le « Chant aux divinités de l’eau », le « Bal des guédé », l’« Hommage à Erzulie », la « Transe », le « Cri des nago ».
Les costumes s’apparentent, tant par leur formes que par leurs couleurs, aux caractéristiques des divinités auxquelles le chorégraphe rend hommage.

Quant aux rythmes et aux chants traditionnels, ils donnent à ses spectacles toute la dimension sacrée et cérémoniale. Ces chants vénèrent, louent la bonté des dieux de vaudou, leur puissance divine.

Dans cette vidéo, la danseuse Linda Isabelle François se met, dans « Chants aux divinités de l'eau » dans la peau de Clairmesine, une des déesse de l'eau.

Jeanguy Saintus est ce chorégraphe qui mélange dans son travail la danse traditionnelle, la danse moderne et contemporaine. Il ne s’inspire pas que du vaudou, de la tradition haïtienne. Il est aussi auteur d’œuvres chorégraphiques qui traitent de la méditation, de l’amour, de l’angoisse…

Il a reçu en 2008, aux Pays-Bas, le prix Prince Clauss pour l’ensemble de ses œuvres chorégraphiques. Il est fondateur et directeur de la compagnie Ayikodans. Elle sera en spectacle les 21 et 22 mai à Adrienne Arsht Center à Miami.
Chenald Augustin

Gracia Delva: le chanteur devenu député

Gracia Delva, Ti Blada pour ses fans, est devenu depuis le lundi 25 avril député du peuple. Il fait partie de la 49e législature, issue des dernières élections présidentielle et législatives haïtiennes. Il représente sa commune natale, Marchand Dessalines (Bas-Artibonite).

Né le 21 novembre 1973, Gracia Delva a fait ses premières armes dans la musique au sein de Gerostar. Un groupe à tendance compas qui n’a pas fait long feu. Il a roulé sa bosse à Djakout Mizik. Il a eu toute sa gloire et sa popularité avec Zenglen, évoluant aux États-Unis.


Aux USA, Gracia Delva a eu de sérieux démêlés avec l’immigration américaine. Il a été contraint de retourner vivre en Haïti. Depuis, il mène sa vie tant bien que mal avec Mass Kompa, groupe qu’il a lui-même fondé. 




Dans sa vie d’artiste, Gracia Delva n’est pas seulement un chanteur. Il a fait un passage éclair au ciné ma comme acteur dans XIe commandement, un film du réalisateur haïtien Karmeliaud Moise.
Député du peuple, Gracia Delva ne souhaite pas pour autant abandonner sa carrière d’artiste. « Aucune loi dans ce pays ne m’interdit de le faire, je vais continuer à jouer de la musique, je suis encore un artiste”, avait-il ragué lors d’une interview à l’émission Visite guidée de la Télévision nationale d’Haïti à Marchand Dessalines.

Faire voter une loi pour protéger les artistes, voilà une des priorités de Gracia Delva à la Chambre des députés. 

Jacques Desrosiers